Le « Pelicot suisse » et ce qu'il révèle sur le système

Il est important de connaître les tenants et aboutissants de l’affaire Patrick Frei en Suisse. Frei, ancien député du Grand Conseil d’Argovie pour…

Il est important de connaître les tenants et aboutissants de l’affaire Patrick Frei en Suisse. Frei, ancien député du Grand Conseil d’Argovie pour l’UDC entre 2021 et 2023, est accusé d’avoir drogué et agressé sexuellement trois femmes pendant des années, dont une mineure de 15 ans. Le ministère public réclame la prison à perpétuité. Les chefs d'accusation comprennent des tentatives de meurtre, car les doses administrées pouvaient mettre la vie des victimes en danger. Oui, vous avez bien entendu.

Mais ce qui a le plus stupéfié beaucoup de gens, ce ne sont pas seulement les faits en eux-mêmes. Ce sont les événements qui ont touché deux des victimes : des travailleuses polonaises vivant en Suisse qui, lorsqu’elles sont allées porter plainte, se sont heurtées à des autorités remettant en cause la réalité de leur contrat de travail, soupçonnant qu’il s’agissait d’un contrat fictif destiné à obtenir un titre de séjour. En d’autres termes : elles venaient de signaler une agression sexuelle et la première chose qu’elles ont reçue, c’est une menace d’expulsion. En août 2026, le Tribunal administratif d’Argovie a dû officiellement rappeler à l’ordre l’Office cantonal des migrations.

La presse suisse compare cette affaire à celle de « Pelicot » en France. Il existe certes des différences, mais la logique est la même : une personne occupant une position de pouvoir, pendant des années, sans que personne ne pose trop de questions. Le Conseil fédéral a proposé de modifier la loi afin que les victimes de soumission chimique soient couvertes par l’assurance-accidents (LAA). Ce n’est pas le cas jusqu’à présent, car la loi exige que la victime ait pu résister ou démontrer qu’elle a souffert en pleine conscience. Une condition qui, appliquée à une personne qui a été droguée, relève carrément du kafkaïen.

Pour les personnes vivant en Suisse dans une situation de dépendance professionnelle, que ce soit dans le cadre d’un emploi domestique ou dans tout autre contexte où existe un rapport de force évident, cette affaire revêt un aspect particulier : les victimes étaient des travailleuses étrangères titulaires d’un permis de séjour, et la première question qui s’est posée n’était pas de savoir si ce qu’elles racontaient était vrai, mais si elles avaient le droit d’être ici.