En Suisse, il existe une chose qui n'a pas d'équivalent précis en Espagne : le règlement de copropriété, qui, dans la plupart des immeubles, impose le silence à partir de 22 h, parfois aussi de midi à 13 h en semaine, et pratiquement toute la journée le dimanche. Ce n’est pas une coutume. Il s’agit d’un document que vous avez signé lorsque vous avez emménagé, même si personne ne vous l’a spécifiquement signalé à ce moment-là.
Les règles relatives au silence constituent le premier grand source de conflit de voisinage pour de nombreuses personnes arrivant d'Espagne. Non pas parce que les Suisses sont particulièrement pointilleux, mais parce qu'elles s'appuient sur des dispositions écrites. Si un voisin vous signale auprès de la régie ou de la Hausverwaltung (la société de gestion immobilière), un dossier est ouvert à votre encontre. En cas de récidive, une procédure peut être engagée qui, dans les cas extrêmes, donne au bailleur le droit de résilier le bail. Oui, on peut perdre son appartement à cause de nuisances sonores répétées. Ce n’est pas une légende urbaine.
Ce qui surprend le plus au début, c'est ce qui est considéré comme du bruit. La machine à laver qui essore après 22 heures. Une longue douche à minuit. Le bruit d'une chaise qui racle le parquet. Le claquement des talons. Ça semble ridicule jusqu’à ce que le voisin appelle. Et quand cela arrive, on se rend compte que la personne de l’autre côté du mur a elle aussi le règlement en main et sait parfaitement qu’elle a raison.
L'adaptation est le phénomène le plus curieux dans tout cela. Beaucoup de gens qui vivent ici depuis cinq ou dix ans ne remarquent plus le silence du dimanche. Ils le vivent comme un moment de repos, comme quelque chose de normal. Et lorsqu’un nouveau voisin s’installe et met de la musique à 23 heures, ils réagissent exactement de la même manière que le voisin suisse qui, un jour, les avait interpellés. La Suisse a ce pouvoir : au final, on finit par se conformer à ses règles sans avoir pris la décision consciente de les adopter.